AccueilSouverainetéExaion : La France brade sa souveraineté économique

Exaion : La France brade sa souveraineté économique

L’État cède une pépite technologique, au mépris de l’intérêt stratégique.

C’est une lettre datée du 20 janvier. Une simple lettre d’engagement, envoyée par la Direction générale du Trésor à une société américaine, Mara Holdings. Mais dans ses lignes se joue une capitulation de plus. Celle d’un État qui organise lui-même le démantèlement de ses instruments de puissance. 64 % du capital d’Exaion, filiale d’EDF, bientôt vendus pour 168 millions de dollars.

Exaion n’est pas une start-up parmi d’autres. Fondée en 2020 au sein même d’EDF, elle incarne l’idée simple que les ressources d’un service public peuvent être mises au service de l’innovation, sans se soumettre aux logiques spéculatives. Calcul intensif, blockchain, cloud 3D, cybersécurité : autant de briques d’une stratégie numérique décarbonée, pensée pour valoriser les surplus du parc nucléaire. Une exception française, fragile, mais lucide. Et voilà qu’elle passe sous contrôle étranger, sans débat public, sans vote parlementaire, sans consultation démocratique.

Se vendre à un géant américain

À la manœuvre : Mara Holdings, géant du minage de cryptomonnaies, capitalisé au Nasdaq, féru d’acquisitions agressives et bien introduit dans les cercles de pouvoir. Le groupe n’avance pas masqué. Il installe son siège européen à Paris, nomme Gérard Mestrallet comme conseiller, déroule son opération avec une fluidité qui dit tout de notre impuissance organisée. À l’intérieur du gouvernement, le malaise affleure. Les tensions sont vives. Mais la décision est suspendue à une date posée par l’investisseur : le 31 janvier. D’ici là, les cris d’alarme resteront confinés aux commissions, aux tribunes, aux marges.

Le contrat prévoit qu’EDF s’interdira toute activité concurrente d’Exaion pendant deux ans. Ni développement, ni investissement, ni coopération dans les domaines de la blockchain, du calcul quantique ou de l’intelligence artificielle. Une clause qui désarme volontairement un acteur public stratégique dans des secteurs-clés. Une clause qui interdit à l’État d’être acteur. Une clause que la majorité actuelle semble prête à entériner au nom de la rentabilité, contre toute considération de long terme.

Sur les bancs du Parlement, la mémoire revient. Celle d’Alstom, vendue à General Electric. Celle de la parole publique trahie, des promesses non tenues, des chaînes de production étranglées. En 2024, EDF a dû racheter au prix fort ce qui avait été cédé dix ans plus tôt. Le scénario est connu. Les alertes sont là. Les erreurs aussi.

Et pourtant, l’histoire se répète. Un consortium français, FlexGrid France, propose une alternative. Une gouvernance nationale, une indépendance préservée, aucune clause d’auto-sabordage. Mais il ne coche pas les cases des investisseurs internationaux, n’offre pas les mêmes relais d’influence, ne promet pas les mêmes dividendes. Alors il est écarté. Silencieusement.

L’argument est toujours le même : attirer les capitaux, ouvrir les marchés, moderniser. Mais ce vocabulaire masque mal la réalité d’un pouvoir qui a désappris à défendre l’intérêt général. Quand une entreprise publique, dans un secteur de haute technologie, se soumet aux règles du capital étranger, c’est bien une part de souveraineté qui s’évapore. Surtout quand les garanties juridiques sont aussi minces. Le Cloud Act américain, toujours en vigueur, permet déjà l’accès aux données de sociétés comme Mara, même installées en Europe. Les conditions imposées par Bercy — maintien des capacités en France, protection des données — ne pèseront rien face à cette extraterritorialité.

Pendant ce temps, les lignes bougent ailleurs. La surproduction électrique française pourrait servir à autre chose. Le minage de Bitcoin, perçu ailleurs comme un outil stratégique de flexibilité énergétique, est ici traité comme une lubie. Pourtant, plusieurs parlementaires s’en emparent, proposent d’en faire un levier industriel, une nouvelle forme de réserve nationale. Mais là encore, l’inertie domine. L’imaginaire stratégique fait défaut.

Tout est là. Une technologie née dans le service public, des ressources disponibles, une alternative nationale sur la table. Et l’État choisit l’abandon. Pas par erreur, mais par logique. Une logique qui sacrifie l’indépendance sur l’autel de la rentabilité immédiate. Qui démissionne devant la puissance privée. Qui efface la possibilité même d’un choix souverain.

Derniers articles

L'essentiel de l'actu

2 COMMENTAIRES

  1. Quelle déception !
    Comment peut-on abandonner de telle société ?
    Nos dirigeant sont incurables hélas.
    L’argumentation de notre ministre de tutelle fait bien ressortir sa naïveté

  2. Quelle déception
    Comment peux-t-on abandonner notre savoir faire pour la remettre à nos propres opposants.
    L’histoire se répète. Nos dirigeants sont incurables.
    L’argumentation du ministre de tutelle est d’une naïveté effrayante

POSTER UN COMMENTAIRE

Veuillez écrire votre commentaire !
veuillez entrer votre nom ici

Argent & Business
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.