Et si on pouvait diagnostiquer un cancer cutané en quelques secondes ? Une start-up française propose une alternative révolutionnaire à la biopsie traditionnelle.
Alors que le cancer de la peau s’impose comme l’un des cancers les plus fréquemment diagnostiqués au monde, la start-up française Damae Medical annonce le déploiement d’une technologie qui pourrait transformer les pratiques cliniques. Appuyée sur la combinaison de l’imagerie LC-OCT et de l’intelligence artificielle, leur dispositif deepLive™ propose une « biopsie digitale 3D » permettant de visualiser les lésions cutanées à l’échelle cellulaire, en temps réel, sans incision. Face à l’incidence croissante des cancers cutanés – en particulier les carcinomes basocellulaires et les mélanomes – cette innovation entend répondre à la fois aux enjeux de diagnostic précoce et à la pression croissante sur les cabinets de dermatologie.
Moins d’attente, plus de précision : le nouveau parcours de soin
Traditionnellement, la confirmation d’un cancer de la peau passe par une biopsie invasive, suivie d’un délai d’attente pour les résultats histologiques, souvent de plusieurs semaines. Ce délai, combiné à la pénurie de dermatologues – seulement 2 981 praticiens en exercice en France en 2025 selon le SNDV – complexifie l’accès aux soins. Avec deepLive™, le diagnostic peut être posé dès la consultation, réduisant les délais, les incertitudes pour les patients, et les actes médicaux inutiles. L’outil distingue en quelques secondes les lésions suspectes des lésions bénignes, orientant immédiatement vers une prise en charge adaptée.
L’intelligence artificielle en appui, pas en remplacement
Le dispositif s’appuie sur un modèle d’intelligence artificielle entraîné sur plus de 600 000 images issues de cinq centres cliniques. Ce modèle attribue un score de probabilité à chaque image acquise, mettant en évidence les zones à risque d’être atteintes par un carcinome basocellulaire. Le tout s’accompagne d’une carte d’attention colorée en temps réel, utile pour guider le diagnostic. Néanmoins, les décisions thérapeutiques restent entre les mains des professionnels de santé formés, l’IA intervenant comme outil d’aide, non comme juge autonome. L’analyse, non contrastée, atteint une résolution d’un micron et permet une observation en profondeur jusqu’à 500 µm, couvrant l’épiderme et le derme.
Vers une chirurgie plus ciblée et moins invasive
Un cas d’usage présenté par le Dr François Habib, chirurgien spécialisé dans la technique de Mohs, illustre l’impact potentiel sur les pratiques opératoires. Grâce à deepLive™, la délimitation des marges tumorales avant l’intervention s’affine, réduisant les risques de réintervention. L’IA permet au praticien d’adapter son geste chirurgical avec davantage de précision, en évitant l’excision excessive de tissus sains. Cette application a déjà été documentée dans plusieurs congrès médicaux et intégrée dans un enregistrement clinique.
Damae Medical, créée en 2014 au sein du Laboratoire Charles Fabry (CNRS, Institut d’Optique), affirme sa volonté de transformer le diagnostic dermatologique. Avec plus de 100 dispositifs installés dans 15 pays, la société, qui a obtenu le marquage CE en 2023 et l’autorisation FDA en 2024, poursuit sa trajectoire à l’international. Mais c’est sur le terrain de l’accessibilité aux soins et de la pertinence clinique que la solution sera jugée. En matière de lutte contre les cancers de la peau, c’est désormais le temps de l’usage, et non plus de la promesse technologique.

