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Arterya révolutionne la détection artérielle en santé

Arterya propose Blood’Up, un dispositif qui localise instantanément les artères radiales, améliorant le taux de réussite des prélèvements de 70 % à 97 %.

Chaque jour, dans les hôpitaux français, les professionnels de santé tentent des milliers de ponctions artérielles. Geste technique, difficile, souvent douloureux. Un sur trois échoue dès la première tentative. La startup normande Arterya pense avoir trouvé une réponse avec Blood’Up, un dispositif qui repère l’artère radiale avec une précision de 97 %. Objectif : réduire la douleur des patients, le stress des soignants et les coûts pour les établissements.

L’idée naît d’une discussion entre deux amis d’enfance. Nicodème Pellier, alors interne en médecine, raconte à Lucile Derly les ratés quotidiens de la gazométrie artérielle. L’artère, située sous la peau, est bien plus difficile à localiser que les veines. Conséquences : hématomes, douleurs, pertes de temps, stress, gaspillage de matériel. Le Covid-19, avec ses vagues de patients en détresse respiratoire, n’a fait qu’amplifier le problème. Lucile Derly, en alternance chez Sanofi, mène l’enquête. Sur 150 professionnels interrogés, 82 % jugent le geste difficile. De quoi justifier une solution. Elle soumet l’idée à Altern’up, le concours de Sanofi, et décroche le premier prix. Dix mille euros pour lancer un projet qui deviendra Arterya.

Une technologie de rupture, centrée sur le geste

Blood’Up n’est pas un gadget de plus pour les blocs opératoires. C’est un outil de guidage, pensé pour un usage quotidien. Un bracelet équipé de capteurs identifie les caractéristiques propres à une artère : température du flux, bruit des pulsations, direction du sang. Ces données sont croisées par un algorithme, qui calcule la position exacte de l’artère — en surface comme en profondeur. Deux faisceaux laser se croisent à l’endroit optimal. Pas besoin d’écran, pas de manipulation complexe. Une assistance directe, pensée pour les soignants, pas pour les ingénieurs.

Les premiers résultats sont nets : 97 % de réussite à la première tentative, contre 70 % pour la palpation, même doppler en main. Pour les hôpitaux, le calcul est rapide : 18 000 euros d’économies par an et par établissement, rien que sur les ratés évités.

Le pari d’Arterya, c’est celui du « vide technologique » : aucune autre solution sur le marché ne cible spécifiquement la détection de l’artère radiale. L’échographie est performante, mais chère, lente, et peu pratique. Blood’Up s’insère dans un geste simple, quotidien, mal adressé par l’innovation. Le marché est mondial, le besoin est constant, et la concurrence encore diffuse. Des équipes japonaises et américaines travaillent sur des approches proches, mais Arterya revendique une avance technologique protégée par sept brevets, dont deux internationaux. La startup a aussi sécurisé quatre marques. Un rempart juridique pour tenir le cap dans la course à l’industrialisation.

Une startup deeptech ancrée en Normandie

Lancée officiellement en 2020 à Hérouville-Saint-Clair, Arterya s’appuie sur un écosystème local dense. Le CHU de Caen est un partenaire clé depuis les débuts. Les essais cliniques sont menés avec cinq hôpitaux français. La startup est hébergée au cœur d’un cluster de santé qui regroupe EPOPEA, le GANIL, le centre de cancérologie François Baclesse et l’infrastructure d’imagerie Cyceron. L’industrialisation passe par Selha Group (électronique professionnelle) et l’IRSEEM à Rouen. Un maillage territorial qui permet à Arterya de rester agile tout en montant en compétence.

Côté accompagnement, la startup a intégré Normandie Incubation dès 2020 et bénéficie des réseaux d’aide à l’entrepreneuriat locaux. Ce tissu permet à Lucile Derly, ingénieure de formation, de structurer progressivement l’entreprise.

Une montée en puissance par étapes

Entre 2020 et 2023, Arterya lève 2,5 millions d’euros. Une première levée d’1,1 million permet de développer le prototype et constituer l’équipe. S’ajoutent les concours (Altern’up, Fondation Le Roch), le soutien d’Initiative Calvados, de Bpifrance et une campagne de crowdfunding en 2023. Une levée plus importante est prévue en 2025, entre 2 et 3,5 millions, pour financer l’industrialisation, les essais cliniques à grande échelle, le marquage CE et la préparation du lancement commercial.

Blood’Up est un dispositif médical de classe IIA. Il nécessite l’intervention d’un organisme notifié pour obtenir le marquage CE, condition d’entrée sur le marché européen. La procédure, lourde et coûteuse, est en cours. Les essais cliniques, financés à hauteur de 2,3 millions d’euros dans le cadre du projet AEGIS, doivent débuter début 2025. Objectif : commercialisation en France en 2026.

Une stratégie de croissance à la française

La feuille de route est claire : d’abord la France, puis l’Europe en 2027, et les États-Unis en 2028. La startup a déjà noué des contacts à Boston via le programme Netva. L’autorisation de la FDA, passage obligé pour accéder au marché américain, nécessitera entre 12 et 24 mois.

Le modèle économique repose sur la vente de l’appareil (quelques milliers d’euros), complétée par des contrats de maintenance et de formation. L’équation est simple : des économies annuelles de 18 000 euros par hôpital pour un investissement amorti en moins d’un an.

Une dirigeante atypique, un management assumé

Lucile Derly, 31 ans, ingénieure, diplômée de NEOMA, n’a pas le profil habituel du patron de medtech. Elle visait initialement une carrière de pilote de ligne, stoppée net par un problème de vue. Elle se tourne alors vers l’industrie, passe par Siemens et Sanofi, avant de plonger dans l’entrepreneuriat sur un problème concret. Elle revendique un management « familial », direct et émotionnel, sans posture. Ce style plaît aux équipes, composées de jeunes profils, entre 20 et 30 ans. Pas de grosses structures : une douzaine de salariés, entre expertise clinique, électronique, réglementaire et commerciale. Le recrutement reste un défi, surtout en région.

Une reconnaissance médiatique ciblée

Arterya soigne sa visibilité. Présence remarquée au CES de Las Vegas en 2023, avec un prix deeptech à la clé. Sélection dans le classement Forbes 30 Under 30 la même année. Plusieurs participations à VivaTech, Medintech, et des prix INPI. La startup vise aussi le grand public : passage à “Qui veut être mon associé” sur M6. Dans un secteur où les cycles de vente sont longs et les décideurs multiples, la notoriété est un levier stratégique.

Le parcours est balisé, mais semé d’embûches. La réussite technique ne garantit pas le succès commercial. Le passage à l’échelle industrielle est souvent l’étape fatale pour les startups medtech. Le marquage CE peut prendre du retard. La concurrence peut surgir. Les cycles d’achat hospitaliers sont lents. Et le financement reste un sujet sous tension. En 2024, seuls 8 % des medtech françaises ont un investisseur institutionnel. Arterya navigue donc à vue, mais avec méthode.

Un produit, une plateforme

Blood’Up est le premier produit d’une plateforme technologique. Arterya envisage déjà des déclinaisons pour la pose de stents ou de cathéters, où la détection artérielle reste un point de friction. Le principe reste le même : partir d’un besoin clinique identifié, et l’attaquer par la technologie. À terme, des fonctionnalités de diagnostic pourraient compléter la détection. Mais la priorité reste l’exécution : produire, certifier, vendre.

La medtech française vit une période charnière. Le secteur a levé 2,6 milliards d’euros en 2024, en hausse de 47 % par rapport à 2023. Mais les startups restent fragiles, prises entre des coûts de développement qui explosent et des financements inégalement répartis. Les exigences réglementaires se sont durcies depuis l’entrée en vigueur du MDR européen. Les cycles de vente s’allongent, les hôpitaux serrent les budgets.

Dans ce contexte, la promesse d’Arterya — réduire les coûts tout en améliorant les soins — arrive à point nommé. La startup n’invente pas un besoin. Elle résout un problème connu, visible, quotidien, avec une solution simple à utiliser. Et c’est peut-être ça, sa vraie force.

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