La France a abandonné ses entreprises. Il est des renoncements qui ne se crient pas, des abandons qui se drapent dans les oripeaux de la modernité ou de l’Europe, comme pour mieux masquer leur brutalité.
Ce qui se joue aujourd’hui en France, sous nos yeux, c’est une trahison lente mais méthodique : celle d’un État qui déserte, méthodiquement, ses entreprises. Non pas seulement en se désengageant économiquement, mais en rompant un pacte historique, social, républicain.
On oublie les territoires
Car il fut un temps, pas si lointain, où l’État se voulait stratège. Où l’industrie nationale n’était pas un poids, mais un pilier. Où les usines n’étaient pas sacrifiées sur l’autel de la rentabilité à court terme, mais portées comme les totems d’un avenir collectif. Ce temps-là semble révolu. Désormais, les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, ont troqué la souveraineté industrielle contre des illusions de compétitivité mondialisée. On parle d’attractivité, de flexibilité, de marchés. On oublie les territoires, les savoir-faire, les travailleurs.
Chaque fermeture d’usine, chaque délocalisation, chaque reprise par un fonds apatride est un écho de cette abdication. Vallourec, Arjowiggins, la SAM, et tant d’autres… Ce ne sont pas seulement des entreprises qui tombent. Ce sont des communautés qu’on abandonne, des mémoires ouvrières qu’on efface, des vies qu’on fragilise dans un silence de plomb.
Une ligne s’est rompue
Le discours officiel, celui des technocrates et des éditorialistes convenus, parle de « transition », de « mutation inévitable ». Mais qui décide ? Qui bénéficie ? Certainement pas les PME, ces « petits soldats » de l’économie réelle, étranglées par une fiscalité instable, un crédit frileux et une commande publique volatile. Certainement pas les salariés, que l’on rend responsables de leur propre précarité, tout en continuant à subventionner, sans contrôle, les géants qui optimisent, délocalisent, licencient.
Dans le silence des ministères, dans les bureaux capitonnés des conseils d’administration, une ligne s’est rompue : celle de la loyauté républicaine. Celle qui exige que l’État protège, oriente, investisse. Qu’il fasse de l’entreprise un outil de l’intérêt général, et non un simple objet spéculatif.
La France a abandonné ses entreprises
Alors oui, la France a abandonné ses entreprises. Mais plus grave encore : elle a abandonné ce qu’elles représentaient. La possibilité d’un avenir commun, forgé par le travail, l’innovation, la production. Une idée simple, et pourtant si subversive aujourd’hui : que l’économie ne doit pas servir les puissants, mais les peuples.
Le réveil viendra. Il viendra toujours. Mais à quel prix ? Combien faudra-t-il encore de plans sociaux, de suicides économiques, de désespoirs sociaux, pour que l’on comprenne que l’abandon n’est pas une stratégie ? C’est une reddition.

