Créée à Paris en janvier 2024, Alta Ares coche toutes les cases de la start-up stratégique : technologie de rupture, tests réussis en Ukraine, adoubement par l’OTAN, alliances industrielles françaises, chaîne d’assemblage en Charente-Maritime.
Et pourtant, elle reste orpheline de l’État. Aucun contrat de la DGA. Aucun soutien formalisé de l’AID. L’innovation existe. La demande est là. Les discours sur la souveraineté aussi. Mais les commandes publiques ne suivent pas.
Alta Ares, la start-up militaire qui séduit l’étranger
Anduril, aux États-Unis, vaut 30 milliards de dollars. Helsing, en Allemagne, a levé plus d’un milliard d’euros. Les deux sont devenus des piliers des nouvelles stratégies militaires. Alta Ares suit une trajectoire similaire. Son système d’intelligence artificielle embarquée équipe déjà des drones intercepteurs utilisés sur le front ukrainien. Ses solutions séduisent les armées étrangères. L’OTAN l’a validée. Thales l’expérimente. L’armée de Terre l’utilise sur fonds propres. Mais ni la Direction générale de l’armement ni l’Agence de l’innovation de défense n’ont, à ce jour, signé le moindre contrat avec l’entreprise. La France applaudit. Mais elle ne commande pas.
Technologie de pointe, résultats concrets sur le terrain
Alta Ares n’est pas une idée en PowerPoint. Elle développe des briques technologiques concrètes : reconnaissance temps réel, interception autonome, fusion de données. En octobre 2025, elle réussit un tir réel sous mauvais temps lors du NATO Innovation Challenge. Seule start-up en lice à réussir l’exercice.
L’Ukraine teste ses systèmes. Zelensky lui rend visite. Le président ukrainien en personne. L’OTAN approuve. L’armée française expérimente. Le tout avec une équipe de 27 personnes, un site industriel français et un coût de production bien inférieur aux drones Shahed russes qu’elle est censée intercepter. Mais rien ne vient.
Une usine de drones en France, sans commandes françaises
On pourrait croire à une question de maturité. Ou de prudence. Mais le contraste est trop net pour être accidentel. Aux États-Unis, le Pentagone finance massivement Anduril. En Allemagne, le gouvernement soutient sans ambiguïté Helsing. En France, la DGA et l’AID restent figées. Alta Ares est devenue un symbole. Celui d’une start-up reconnue par l’OTAN, par l’Ukraine, par les industriels… sauf par son propre État.
La jeune pousse a ouvert une usine en Charente-Maritime, capable de produire jusqu’à 2 000 drones par mois en 2026. Les composants sont à 85 % européens. L’architecture est pensée pour éviter toute dépendance chinoise. Le produit est opérationnel. La doctrine est alignée.
Le “dôme tactique de protection” développé par Alta Ares est déjà opérationnel. Le système Pixel Lock, fondé sur une IA embarquée, triple le taux d’interception des drones russes en conditions réelles. Le Black Bird, drone intercepteur à turboréacteur, dépasse les 550 km/h. Il est conçu, testé, produit avec des partenaires français. Une première mondiale.
Une souveraineté technologique sans décisions concrètes
La France parle beaucoup de “souveraineté technologique”. Elle évoque sans relâche “l’économie de guerre”. Alta Ares est un cas d’école. Tout y est : technologie souveraine, site industriel français, validation opérationnelle, partenaires de confiance. Et pourtant, l’entreprise lève des fonds auprès de capital-risqueurs, sollicite des armées étrangères, et avance sans soutien structuré de l’État.
La souveraineté, ce ne sont pas des discours. Ce sont des actes. À commencer par des contrats. Sans cela, Alta Ares rejoindra la longue liste des innovations françaises parties s’épanouir ailleurs, faute d’avoir été considérées ici.
La France a dans les mains une technologie de défense validée, industrialisée, efficace, souveraine. Elle en parle dans ses discours. Elle la regarde réussir ailleurs. Mais elle tarde à passer à l’acte. Et cette fois encore, ce sont les autres qui en profiteront.

