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Souveraineté aérienne : le français Hynaero favori pour remplacer le Canadair

Le Frégate-F100, nouvel hydravion conçu par Hynaero, ambitionne de remplacer les Canadair vieillissants et de rendre à la France sa souveraineté en matière de lutte aérienne contre les incendies.

La France redécouvre l’intérêt de produire elle-même ce qu’elle ne peut plus se permettre d’attendre des autres. En matière d’aéronautique de sécurité civile, cela prend la forme d’un hydravion. Son nom : Frégate-F100. Son objectif : remplacer les vénérables Canadair. Et au-delà, restaurer une capacité industrielle dans un domaine devenu critique à mesure que les incendies se multiplient, attisés par le réchauffement climatique.

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Un appareil conçu pour répondre à l’urgence

Les mégafeux ne sont plus un lointain phénomène californien. L’été 2022 a servi d’avertissement, lorsque plus de 30 000 hectares sont partis en fumée dans les Landes. Depuis, les alertes s’enchaînent. Mais les avions de la Sécurité Civile, eux, peinent à suivre : 12 CL-415 en moyenne âgés de 26 à 30 ans, dont seulement trois parfois en état de vol pendant l’été 2024. L’arithmétique de la dépendance prend alors une tournure inquiétante.
Le projet Frégate-F100, porté par la jeune société Hynaero, entend inverser la tendance. Une réponse française, industrielle, à un vide stratégique devenu trop visible. L’idée n’est pas seulement de voler. Il s’agit de voler seul, vite et bien, face à l’urgence.

Le Frégate-F100 promet mieux que ses prédécesseurs sur tous les plans. Dix tonnes d’eau à bord – presque le double du Canadair –, 460 km/h en vitesse de croisière, quatre heures d’autonomie en mission incendie, et deux moteurs Pratt & Whitney Canada de 5 000 chevaux chacun, compatibles avec des carburants durables. La performance technique se double d’une ambition environnementale assumée.

Le cockpit se veut aussi de son temps : commandes de vol électriques, viseur tête haute, maintenance prédictive. Des technologies que l’on trouve d’ordinaire dans les appareils civils haut de gamme ou militaires, désormais mises au service d’une mission de protection des forêts.

Une équipe et des partenaires à la manœuvre

Derrière Hynaero, une équipe à l’ADN bien français : le général (2S) David Pincet, ancien cadre de la Sécurité Civile, prend la tête ; Philippe Danieau vient du ministère des Armées ; Christophe Laurent apporte son expertise en maintenance aéronautique ; Cédric Savineau pilote l’ingénierie. Tous réunis autour d’une conviction : la France ne peut plus se contenter d’acheter ailleurs ce qu’elle savait autrefois concevoir.
Hynaero ne travaille pas seul. Airbus Defence and Space est entré dans la boucle en février 2025, avec un accord stratégique couvrant conception, certification et maintenance. Safran, Thales et l’Onera apportent aussi leurs briques. L’aéronautique tricolore réapprend à faire front commun, dans un secteur qu’elle avait en partie laissé filer.

Le financement suit une trajectoire mixte. L’État et la Région Sud injectent ensemble 7 millions d’euros via France 2030. La Nouvelle-Aquitaine a joué un rôle d’amorce. Les fondateurs ont apporté un premier million. Le coût total, lui, frôle le milliard. Une somme qui peut sembler démesurée – mais qu’on met rarement en regard du coût d’un été sans avions.

Un ancrage territorial

Le Frégate-F100 sera assemblé à Istres, dans les Bouches-du-Rhône. Une implantation stratégique : étang de Berre pour les essais d’écopage, base aérienne à portée immédiate, accès à la DGA et à l’aéroport de Marignane. En décembre 2025, l’accord est signé avec le Pôle aéronautique Jean Sarrail. Cinq cents emplois directs à la clé, quatre fois plus d’indirects : l’industrie revient aussi comme un acteur local.
Le programme avance par paliers. Un bureau d’études de 200 ingénieurs doit voir le jour en 2028. Le prototype volera en 2029. La certification est attendue d’ici 2031, pour une mise en service entre 2031 et 2032. La production montera progressivement, jusqu’à dix avions par an à l’horizon 2035.

Une réponse française à une demande mondiale

Trois lettres d’intention sont déjà sur la table : la Sécurité Civile française, un opérateur privé australien, un acteur méditerranéen. Vingt-sept avions au total. Le potentiel mondial est bien supérieur : 125 à 150 appareils attendus d’ici 2050. Hynaero en vise 300. Non par excès de confiance, mais parce que le climat ne négocie pas. Il s’emballe.
Le principal concurrent reste canadien. Le DHC-515, évolution du Canadair, sera livré à la France à partir de 2028. Deux appareils d’abord, deux de plus à l’horizon 2033. Des délais qui interrogent. Le Frégate-F100 pourrait arriver plus vite, et surtout sans dépendance étrangère. La souveraineté, ici, se compte en mois.

Face à lui, une autre initiative française : le KE72 de Kepplair Evolution, à base d’ATR-72 modifié. Moins ambitieux en charge utile (7 500 litres), plus rapide, il est déjà soutenu à hauteur de 5 millions d’euros. Une diversification bienvenue, mais qui ne change pas la donne : pour redevenir maître du ciel face aux flammes, la France doit reconstruire une industrie complète.

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