Chauffeur, logement, jet privé, indemnités… Découvrez ce que coûte réellement la fonction de Premier ministre occupée par Sébastien Lecornu.
Depuis sa nomination à Matignon en septembre 2025, Sébastien Lecornu occupe l’une des fonctions les plus exposées de la République. À ce titre, il perçoit une rémunération au sommet de la grille de l’État, assortie d’un ensemble d’avantages matériels et financiers. La question de ces privilèges, régulièrement soulevée dans le débat public, renvoie à un double impératif : rémunérer justement une responsabilité d’État, tout en garantissant la transparence.
Un traitement équivalent à celui du président de la République
Le Premier ministre perçoit un salaire brut mensuel de 16 038 euros, aligné sur celui du président de la République. Ce montant est encadré par le décret n° 2012-983 du 23 août 2012 et repose sur trois composantes principales :
Le traitement de base s’élève à 12 457 euros bruts. Il est calculé à partir des emplois les plus élevés de la fonction publique d’État, dans la catégorie dite « hors échelle ». S’y ajoutent deux indemnités : l’indemnité de résidence, fixée à 374 euros pour les agents basés en Île-de-France (soit 3 % du traitement de base), et l’indemnité de fonction, équivalente à 25 % de la somme du traitement brut et de l’indemnité de résidence, soit environ 3 207 euros. Pour le chef du gouvernement, cette dernière est majorée de 5 %.
Après prélèvements sociaux et fiscaux, le salaire net mensuel du Premier ministre s’établit à environ 12 387 euros. Sur une année complète, cela représente un revenu brut avoisinant 192 000 euros.
Logements, transports, sécurité : des avantages matériels étendus
La fonction s’accompagne de plusieurs avantages en nature. Le Premier ministre dispose de deux résidences officielles : l’hôtel de Matignon, qui sert à la fois de lieu de travail et de logement principal, et le château de Souzy-la-Briche, en Essonne, utilisé comme résidence secondaire. Ce double usage est unique parmi les membres du gouvernement.
Les déplacements sont intégralement pris en charge par l’État. Un véhicule avec chauffeur est mis à disposition en permanence. Le Premier ministre a également accès à la flotte aérienne gouvernementale (avions de type Falcon, hélicoptères) ainsi qu’à la gratuité des trains SNCF en première classe.
Une enveloppe de frais de représentation, plafonnée à 150 000 euros annuels, est allouée pour couvrir les dépenses liées aux réceptions officielles, déplacements diplomatiques, conférences de presse et remises de distinctions. Ce budget est soumis à des règles strictes d’utilisation et de contrôle, notamment par les services ordonnateurs et le contrôleur budgétaire ministériel.
Enfin, la sécurité personnelle est assurée par une protection rapprochée continue, fournie par le Service de la protection (SDLP) du ministère de l’Intérieur pendant toute la durée du mandat.
Un salaire dans la moyenne haute des dirigeants européens
Comparée à celle de ses homologues européens, la rémunération du Premier ministre français se situe dans la moyenne haute. En Allemagne, le chancelier Olaf Scholz perçoit environ 30 190 euros bruts mensuels (dont 5 000 euros en tant que député). En Belgique, Alexander De Croo touche 20 800 euros mensuels, primes et avantages compris.
À l’inverse, Pedro Sánchez gagne en Espagne environ 86 542 euros bruts par an, soit un peu plus de 7 000 euros mensuels. En Italie, Giorgia Meloni perçoit 80 000 euros nets par an (environ 6 700 euros par mois), et au Portugal, le chef du gouvernement est rémunéré 116 000 euros bruts par an.
Ces écarts doivent cependant être relativisés au regard du revenu moyen national. En France, le salaire du Premier ministre correspond à environ cinq fois le revenu moyen (36 572 euros), un ratio comparable à celui observé en Allemagne.
Indemnités de départ : un cadre juridique restrictif
À la fin de ses fonctions, le Premier ministre peut bénéficier d’une indemnité mensuelle de 15 140 euros bruts pendant trois mois, soit un total de 45 420 euros. Ce dispositif s’applique quelle que soit la durée du mandat ou la nature du départ (démission, censure, remaniement), sous deux conditions strictes.
Il ne doit pas exercer d’activité rémunérée durant les trois mois suivant son départ, ce qui exclut le retour immédiat à une fonction élective ou à un emploi dans le privé. Par ailleurs, il doit avoir transmis une déclaration de patrimoine et d’intérêts conforme auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), condition instaurée après l’affaire Cahuzac.
Avantages post-mandat : une réforme pour limiter les droits à vie
Jusqu’en septembre 2025, les anciens Premiers ministres bénéficiaient de plusieurs avantages à durée indéterminée, dont un véhicule avec chauffeur, une protection policière permanente, et, sous conditions, un agent de secrétariat personnel.
Le décret n° 2025-965 du 16 septembre 2025, signé par Sébastien Lecornu, a réformé ce dispositif. À compter du 1er janvier 2026, la durée de mise à disposition d’un véhicule avec chauffeur est limitée à dix ans. Les anciens Premiers ministres en poste depuis plus de dix ans perdront cet avantage.
La protection policière post-fonction sera accordée pendant trois ans maximum, puis renouvelée uniquement sur justification d’un risque avéré. Le recours à un agent de secrétariat reste possible, mais limité à dix ans ou jusqu’à 67 ans, à condition de ne pas déjà bénéficier d’un dispositif équivalent.
Cette réforme, présentée comme une mesure de sobriété, fait suite à une hausse notable du coût de ces avantages : de 1,42 million d’euros en 2023 à 1,58 million en 2024.
Une fonction exposée, au cœur des exigences de transparence
Le niveau de rémunération et les avantages associés à la fonction de Premier ministre reflètent les responsabilités institutionnelles qu’elle implique. Mais ils demeurent scrutés par une opinion publique de plus en plus exigeante en matière de transparence.
Le décret réformant les privilèges post-fonction, signé par Sébastien Lecornu lui-même, marque une inflexion dans la gestion des ressources allouées aux anciens chefs de gouvernement. Toutefois, cette évolution n’a pas d’incidence sur la rémunération en exercice, ni sur le versement des indemnités de départ, qui restent automatiques dès lors que les conditions sont respectées.

