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Retards de paiement : le boom de l’affacturage

Dans un contexte économique sous tension, l’affacturage s’impose comme le premier levier de financement court terme utilisé par les entreprises françaises. Face à l’explosion des défaillances d’entreprises — 66 420 en 2024, près de 69 000 attendues en 2025 — et à des retards de paiement persistants, cette solution séduit de plus en plus de TPE et PME. En 2024, le marché français a traité 430,9 milliards d’euros de créances, soit 14,8 % du PIB, confirmant sa position de leader européen et deuxième marché mondial derrière la Chine.

Un mécanisme fondé sur la cession de créances

L’affacturage consiste à céder ses créances clients à un établissement spécialisé, appelé factor, qui avance immédiatement une partie du montant dû. Contrairement à un crédit bancaire, cette opération ne génère pas de dette au bilan. Le dispositif repose juridiquement sur l’article 1321 du Code civil, et est encadré par le Code monétaire et financier. Introduit en 1973, il s’est développé avec la loi Dailly de 1981 et la loi bancaire de 1984.

Trois services intégrés au cœur du dispositif

L’affacturage regroupe trois prestations complémentaires : un financement anticipé sous 24 à 48 heures (généralement à hauteur de 80 à 90 % du montant TTC), la gestion du poste clients (relances, recouvrement, comptabilité) et une garantie contre les impayés, dans le cas d’un contrat “sans recours”.

Le financement permet de compenser les retards de paiement, qui atteignent en moyenne 14,1 jours en France, et bien plus dans certains secteurs (28 jours dans l’immobilier, 27,1 jours dans l’e-commerce). L’externalisation de la gestion administrative libère des ressources internes, tandis que la garantie contre les défaillances sécurise la trésorerie.

Un fonctionnement balisé et fluide

Une fois les clients validés par le factor, l’entreprise cède ses factures via une plateforme en ligne. Elle perçoit une avance immédiate, le solde étant versé à réception du paiement par le client. Dans le cadre de l’affacturage notifié, les clients règlent directement le factor. Le process, désormais largement digitalisé, permet une mise à disposition rapide des fonds.

Des coûts variables à maîtriser

La tarification de l’affacturage comprend plusieurs volets : la commission d’affacturage (0,1 % à 4 %), la commission de financement (1 % à 6 %, selon l’Euribor et le spread) et des frais annexes (dossier, assurance, pénalités). Au total, le coût global varie de 0,3 % à 4 % des créances cédées, voire jusqu’à 15 % pour des forfaits intégrés. Un exemple : une PME réalisant 24 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec un taux de financement à 2,5 % et des frais de gestion à 0,2 %, supportera un coût annuel de 148 000 euros hors frais annexes.

Un marché structuré par la diversité des offres

Les solutions d’affacturage se déclinent selon les besoins des entreprises. L’affacturage classique (ou full factoring) intègre les trois services et reste la forme la plus répandue. L’affacturage confidentiel permet de ne pas informer les clients. D’autres solutions, comme l’affacturage ponctuel, le reverse factoring ou l’affacturage export, répondent à des problématiques spécifiques. Ce dernier, en forte croissance (+6,5 % en 2024), accompagne les entreprises tournées vers l’international, avec une gestion multilingue et des protections contre les risques de change.

Le marché français sous pression malgré son leadership

Avec 430,9 milliards d’euros de créances traitées en 2024, la France conserve la première place en Europe. Mais le marché se stabilise : l’affacturage domestique a reculé de 1,6 % en 2024, et le nombre d’entreprises utilisatrices diminue (-4,3 % en 2024). En revanche, le segment export progresse, porté par une internationalisation croissante des PME (26 % projettent d’exporter en 2025) et des retards de paiement persistants en Europe.

Une concentration autour de quelques acteurs clés

Le marché est dominé par les filiales des grandes banques françaises. Crédit Agricole Leasing & Factoring (Eurofactor), BNP Paribas Factor, BPCE Factor et Société Générale Factoring se partagent plus de 60 % des parts de marché. Des acteurs comme Factofrance, Crédit Mutuel Factoring ou La Banque Postale Leasing & Factoring complètent l’écosystème. Face à eux, des fintechs comme Finexkap, Edebex ou Karmen misent sur des solutions 100 % en ligne, ciblant principalement les TPE.

Des bénéfices concrets pour les entreprises

L’affacturage améliore la trésorerie en transformant des créances en liquidités immédiates, réduit le besoin en fonds de roulement et sécurise les recettes grâce à l’assurance contre les impayés. Il permet également de recentrer les équipes sur des activités stratégiques et offre une flexibilité de financement en phase avec l’activité réelle. Enfin, il ouvre un accès au financement aux entreprises fragiles, la décision reposant sur la solvabilité des clients plutôt que sur celle de l’entreprise cédante.

Des contraintes à anticiper

Le principal frein reste le coût, plus élevé qu’un crédit classique. Les engagements contractuels peuvent également s’avérer contraignants (durée, volumes, clauses de sortie). L’éligibilité se limite aux créances B2B non échues, sur des clients solvables. Enfin, le recours à un factor peut interférer avec la relation commerciale, notamment si les procédures de relance sont jugées intrusives.

Un levier stratégique pour les secteurs sensibles, comme le BTP

Le BTP figure parmi les grands utilisateurs de l’affacturage. Les retards de paiement et la complexité des modalités de facturation (situations intermédiaires, retenues de garantie) y rendent la trésorerie particulièrement fragile. Des solutions adaptées permettent de financer l’achat de matériaux et le paiement des sous-traitants avant l’encaissement. Les factors spécialisés tiennent compte des spécificités du secteur.

Un outil complémentaire au crédit bancaire

Affacturage et prêt bancaire n’obéissent pas à la même logique. Le premier s’appuie sur les créances clients, ne crée pas de dette et s’ajuste automatiquement à l’activité. Le second implique un endettement fixe, assorti de conditions souvent plus contraignantes. L’affacturage est plus rapide à mettre en œuvre et accessible à des entreprises en difficulté.

Digitalisation et IA : les nouvelles frontières du factoring

Les fintechs tirent parti de la digitalisation pour proposer des offres modulables et transparentes, comme l’affacturage à la facture. L’intelligence artificielle permet une évaluation plus fine des risques et une accélération des processus de décision. À l’horizon 2025-2026, ces technologies devraient transformer en profondeur le secteur, alors que le marché mondial de l’IA dans la finance atteindra 26,67 milliards de dollars.

Réforme de la facture électronique : un tournant structurant

À partir du 1er septembre 2026, toutes les entreprises devront recevoir des factures électroniques, et les grandes entreprises ainsi que les ETI devront les émettre. Cette réforme, instaurée par la loi de finances 2022, facilitera l’automatisation de l’affacturage : traçabilité renforcée, authentification immédiate, réduction du risque d’impayé et gains administratifs sont attendus.

Des cas concrets qui illustrent l’utilité de l’affacturage

Plusieurs situations témoignent de la pertinence de cette solution. Une start-up de e-commerce a surmonté un décalage de trésorerie entre ses paiements fournisseurs et ceux de ses clients. Une PME de transport a obtenu une avance sur factures de 170 000 euros, lui permettant de régler ses frais opérationnels. Une entreprise industrielle a utilisé l’affacturage pour soutenir une forte croissance, tandis qu’une start-up technologique a financé ses développements grâce à l’affacturage avec recours.

Des perspectives favorables, malgré les incertitudes économiques

Le marché devrait rester stable en 2025-2026, dans un climat économique peu porteur (croissance attendue de +0,9 % à +1,1 %). Mais l’augmentation des défaillances d’entreprises et la pression sur la trésorerie inciteront de nombreuses structures à se tourner vers l’affacturage, notamment dans les secteurs à risques comme le commerce, la restauration, le bâtiment ou les services à la personne.

Le développement d’offres simplifiées, la concurrence accrue des fintechs et l’intégration des services d’affacturage dans l’écosystème de l’Open Finance devraient renforcer l’attractivité de cette solution.

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