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53 % des dirigeants de TPE sans rémunération

Le chiffre frappe : en 2024, 53 % des dirigeants de très petites entreprises ne se versent aucune rémunération. C’est l’un des constats majeurs du baromètre publié par le cabinet comptable en ligne Dougs, fondé sur l’analyse de plus de 20 000 bilans comptables issus de sa clientèle. Derrière ce chiffre, une réalité nuancée : pour une large part de ces entrepreneurs, l’absence de revenu est compensée par l’ARE – l’Aide au Retour à l’Emploi – dont 62 % des dirigeants non rémunérés bénéficient. Ce mécanisme, qui permet à un demandeur d’emploi de créer son entreprise tout en percevant ses allocations chômage jusqu’à 548 jours, constitue selon Dougs « le meilleur tremplin à l’entrepreneuriat en France ».

Cependant, près de la moitié des dirigeants non rémunérés ne perçoivent ni salaire ni ARE. Pour ces derniers, la situation dépend souvent d’un autre revenu au sein du foyer, d’une épargne préalable ou d’un projet de réorientation post-rupture conventionnelle. Dans tous les cas, cette absence de rémunération ne s’explique pas nécessairement par une activité déficitaire : certains préfèrent laisser la trésorerie en réserve pour investir ou stabiliser leur entreprise, à défaut d’accès au crédit.

Une rémunération bien en deçà du salaire médian

Pour les 47 % de dirigeants qui se rémunèrent, les chiffres témoignent d’une précarité relative. La rémunération médiane des entrepreneurs en SASU ou EURL s’élève à 21 631 € en 2024, soit 21 % de moins que le salaire médian français, estimé à 26 400 € cette année-là. Dougs met en avant une hétérogénéité forte entre profils, ancienneté et secteurs d’activité. Parmi les trois stratégies observées, le modèle « tout salaire » reste majoritaire (60,6 %) mais est aussi celui qui génère la rémunération la plus faible (15 017 € par an). À l’inverse, les entrepreneurs optant pour une rémunération 100 % en dividendes (19,6 % des cas) affichent une médiane de 51 998 €, mais avec des contreparties : absence de droits à la retraite, forte dépendance à la performance annuelle, exposition aux aléas fiscaux.

La stratégie mixte (salaire + dividendes), choisie par 19,6 % des dirigeants, semble offrir un compromis fiscal et social, avec une rémunération médiane de 29 000 €. Le recours au dividende reste motivé par un arbitrage fiscal : selon le statut juridique (SASU ou EURL), les charges sur dividendes sont souvent bien inférieures aux 82 % de cotisations moyennes sur les salaires.

Une montée en puissance avec l’ancienneté… et selon le secteur

L’étude met également en évidence une progression notable de la rémunération dans le temps. Les entrepreneurs ayant plus de trois ans d’ancienneté voient leur rémunération médiane doubler par rapport à leurs débuts. De 11 754 € dans les 18 premiers mois, elle passe à 24 691 € entre trois et cinq ans d’activité, avant de légèrement baisser ou se stabiliser au-delà de cinq ans (23 991 €). Cette dynamique témoigne d’un effet de courbe d’apprentissage, mais aussi d’un possible réinvestissement volontaire des résultats à mesure que le projet s’établit.

Du côté sectoriel, les disparités sont marquées. L’informatique domine largement le classement avec une rémunération médiane de 40 132 €, soit 86 % au-dessus de la moyenne. Ce secteur cumule en effet les atouts : marges élevées, peu d’investissements matériels, clientèle B2B et forte capacité d’optimisation fiscale. Le conseil en gestion (25 510 €) et l’architecture/ingénierie (24 069 €) suivent à distance. À l’opposé, l’artisanat, le commerce de détail ou le BTP stagnent autour de 15 000 €, affectés par des charges fixes plus lourdes et une pression concurrentielle importante.

Une rémunération différée de plus en plus structurée

Au-delà du salaire ou des dividendes, une part croissante des entrepreneurs anticipe leur avenir via des dispositifs de rémunération différée. C’est le cas notamment des holdings, dont le baromètre Dougs propose une lecture éloignée des stéréotypes. Pour les holdings actives analysées, la rémunération moyenne atteint 23 731 €, soit 90 % du salaire médian français. Ces structures, souvent perçues comme outils d’optimisation fiscale réservés aux grandes fortunes, servent en réalité à lisser les revenus, protéger le patrimoine ou accumuler des ressources pour la retraite.

Plus structurant encore : 25 % de ces holdings possèdent une SCI (Société Civile Immobilière), destinée à détenir un bien professionnel ou à constituer un patrimoine locatif. Ces configurations permettent d’optimiser la rémunération sur le long terme, notamment via les loyers perçus. La rémunération moyenne pour ces montages atteint 29 737 € – au-dessus du salaire médian – mais exige une maîtrise fine des règles fiscales et une stratégie bien construite.

Dans ce contexte, Dougs alerte sur les potentielles évolutions législatives qui pourraient impacter ces montages. Une hausse de la flat tax à 33 % ferait perdre 870 € par an à un entrepreneur percevant 29 000 € de dividendes. La suppression de l’exonération mère-fille – dispositif central pour éviter la double imposition dans les montages holding – réduirait de 30 % le pouvoir d’achat d’un dirigeant dans un schéma classique, avec une perte annuelle estimée à 10 500 € sur une base de 50 000 € de dividendes bruts.

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