Londres, longtemps aimantée par les grandes fortunes mondiales, voit ses riches résidents partir par milliers. En cause : la réforme fiscale.
Ils s’en vont. Tranquillement, méthodiquement. Londres, longtemps aimantée par les grandes fortunes du monde, voit ses millionnaires plier bagage. Pas sur un coup de tête. Pas en claquant la porte. Mais sur la base d’un raisonnement froid : les règles du jeu ont changé.
La mécanique était rodée. Un cadre fiscal accueillant, un droit lisible, un système politique stable. Et une ville-monde, ancrée dans les circuits globaux de la finance et de l’investissement. Des entrepreneurs, des héritiers, des investisseurs, des familles entières avaient élu domicile dans la capitale britannique, attirés par ce triptyque. Aujourd’hui, le ressort est cassé.
Une hémorragie chiffrée. En 2024, 11 000 millionnaires ont quitté Londres. En 2025, 16 500. Et les projections pour 2026 donnent le vertige : au-delà de 30 000 départs attendus. Soit l’équivalent d’un millionnaire toutes les 45 minutes. Une cadence d’évacuation qui rappelle moins une fuite désorganisée qu’un déménagement stratégique à grande échelle.
Un changement fiscal brutal, sans filet de sécurité
Le déclencheur : la réforme fiscale. Le gouvernement a supprimé le statut des résidents non domiciliés, le fameux “Non-Dom”, ce passe-droit qui permettait à des étrangers fortunés de vivre au Royaume-Uni sans y déclarer leurs revenus mondiaux. Il a relevé l’impôt sur les plus-values. Il a étendu la fiscalité de l’héritage à l’échelle internationale. Et, dans la foulée, mis fin à un mécanisme de sécurisation fiscale qui couvrait près de 100 000 contribuables fortunés. Le tout, en quelques mois. Sans préavis. Sans filet.
Résultat, les valises sont prêtes. Les sièges sociaux se déplacent. Les holdings changent de fuseau horaire. Les destinations sont connues : Dubaï en tête, avec 9 800 millionnaires supplémentaires. L’Italie, la Suisse, le Portugal suivent. Tous ces pays ont un point commun : un environnement fiscal stable, transparent, qui ne donne pas l’impression de pouvoir basculer du jour au lendemain.
L’instabilité fiscale devient une question centrale
En toile de fond, une opinion britannique qui ne freine pas le mouvement. Une partie de la population soutient ces changements, portée par un sentiment d’injustice fiscale et une volonté de redistribution plus marquée. Mais le débat public, lui, s’est déplacé. Ce n’est plus le niveau d’imposition qui alimente les discussions, mais son imprévisibilité. Son caractère erratique.
Et en France ? Le cas londonien est observé de près. Car les discussions fiscales s’y emballent à nouveau. Taxe Zucman, hausse de l’IFI, fiscalité sur les holdings, taxation accrue du capital… Le débat ressemble parfois à une compétition. Un “Concours Lépine” des recettes fiscales, comme on l’entend dans les couloirs de l’Assemblée. Avec, en arrière-plan, une question rarement posée de front : jusqu’où peut-on aller sans perdre plus que ce qu’on espère gagner ?

