AccueilSecteursRecyclageEcklo : le film plastique bientôt obsolète dans les entrepôts ?

Ecklo : le film plastique bientôt obsolète dans les entrepôts ?

Face à l’accélération de la législation européenne sur les emballages à usage unique, la jeune pousse Ecklo dévoile l’« Ecklomat », un dispositif mécanique qui ambitionne de rendre enfin viable le réemploi des housses palettes à grande échelle. Si l’innovation se veut décisive, elle devra convaincre au-delà de ses promesses techniques.

Depuis l’entrée en vigueur de la loi AGEC et les objectifs européens fixant à 40 % la part d’emballages de transport réutilisables d’ici 2030, la pression s’intensifie sur les industriels. Entre contrainte réglementaire et équation économique, beaucoup peinent à faire du réemploi un standard opérationnel. C’est sur ce terrain que s’aventure Ecklo, une start-up parisienne fondée en 2022, qui revendique une solution « ergonomique, rapide et compétitive » à la problématique du sur-emballage plastique.

Après avoir lancé en 2024 une housse réutilisable pour palettes, la société entend aujourd’hui franchir un cap avec l’Ecklomat : un équipement mobile, conçu pour faciliter et accélérer la pose des housses. L’objectif est clair : rendre le réemploi aussi simple que le filmage plastique, sans ralentir les cadences logistiques.

Une efficacité opérationnelle encore à confirmer

L’Ecklomat promet des performances doublées par rapport au filmage traditionnel : jusqu’à 40 palettes par heure et un temps d’installation de 45 secondes par housse. Conçu en France, l’appareil cible une adoption sans rupture dans les entrepôts. Mais derrière ces chiffres flatteurs, reste à évaluer la robustesse réelle de l’équipement en conditions industrielles, ainsi que sa capacité à répondre aux exigences de flux hétérogènes ou aux contraintes spécifiques des différents secteurs.

Surtout, le modèle économique d’un tel dispositif n’est pas détaillé : ni le coût d’acquisition de l’Ecklomat, ni celui des housses réutilisables ne sont précisés. Autrement dit, le critère de compétitivité avancé par la start-up repose sur des évaluations internes, sans étude comparative indépendante pour l’étayer. Les promesses de rentabilité et d’ergonomie devront passer l’épreuve du terrain.

L’enjeu du passage à l’échelle

Ecklo indique que sa solution est déjà testée dans divers secteurs – transport, cosmétique, agroalimentaire – et qu’elle s’intègre « sans friction » aux process existants. Les retours évoqués relèvent d’un consensus autour d’un geste plus simple, plus fluide, et moins contraignant pour les opérateurs. Si ces premiers échos sont encourageants, ils émanent de cas pilotes, et non d’un déploiement massif. La startup devra démontrer sa capacité à standardiser l’usage de l’Ecklomat sur des volumes industriels, avec des cycles logistiques complexes, des formats variés et des impératifs de rotation tendus.

La marge d’incertitude est d’autant plus forte que la logistique reste un domaine où l’inertie technologique est forte. L’adhésion des opérateurs, la maintenance des équipements ou encore l’harmonisation avec les outils d’automatisation existants pourraient ralentir le passage du prototype à la norme.

Entre utopie industrielle et discours stratégique

Ecklo se veut un acteur de rupture, affirmant vouloir « renverser la logique » en imposant le réemploi comme norme et reléguer le film plastique à l’exception. Une posture volontariste, mais qui se heurte à la réalité de certains usages pour lesquels le plastique reste nécessaire – stockage longue durée, formats hors gabarit, logistique sous température dirigée. Là encore, l’approche d’Ecklo devra s’adapter sans dogmatisme, et articuler ses ambitions industrielles avec les limites physiques des matériaux et des usages.

À ce stade, l’Ecklomat apparaît davantage comme un signal technologique que comme une bascule effective du secteur. L’intuition de départ est forte : intégrer la contrainte écologique à la performance logistique. Mais pour passer du manifeste à la transformation industrielle, Ecklo devra convaincre les donneurs d’ordre, les logisticiens et les opérateurs que le geste du réemploi peut vraiment se substituer, à coût et cadence équivalents, à une pratique aussi ancrée que le film plastique.

Sans quoi, l’Ecklomat pourrait rester ce qu’il est aujourd’hui : une belle promesse dans un marché en quête de solutions, mais encore en attente de standards éprouvés.

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