Pourquoi le préservatif féminin reste-t-il ignoré en pharmacie ? Terpan lève le voile sur une inégalité criante dans la santé sexuelle.
Alors que le Mois de la santé sexuelle bat son plein, marqué notamment par la Journée mondiale de la contraception (26 septembre), l’entreprise française Terpan, spécialisée dans la réduction des risques, lance une alerte sur le faible recours au préservatif féminin. Malgré sa gratuité pour les moins de 26 ans depuis janvier 2024 et une prise en charge partielle pour les autres publics, ce moyen de protection demeure largement méconnu, invisibilisé dans les officines et peu prescrit par les professionnels de santé.
Terpan met en lumière l’invisibilité du préservatif féminin
Les chiffres avancés par Terpan révèlent un décalage important entre les intentions des pouvoirs publics et la réalité du terrain. Dans le cadre du dispositif national de gratuité, les préservatifs féminins – aussi appelés internes – n’ont représenté que 28 % des commandes des pharmaciens. Pire : dans l’ensemble des ventes de préservatifs de l’entreprise, ils ne comptent que pour 4 %. Un déséquilibre structurel, qui pointe la faiblesse d’un circuit de distribution encore mal informé.
Un usage marginal malgré la gratuité et la fiabilité
Ce déficit d’usage s’inscrit dans un contexte plus large de recul des pratiques de protection. Selon les données disponibles, l’utilisation du préservatif par les jeunes est en net déclin depuis près d’une décennie. Entre 2014 et 2022, le taux de garçons ayant utilisé un préservatif lors de leur dernier rapport sexuel est passé de 70 % à 61 %, et de 63 % à 57 % chez les filles. En parallèle, les infections sexuellement transmissibles (IST) progressent, de même que les comportements à risque. En 2023, près d’un cinquième des nouveaux cas de séropositivité concernaient des moins de 25 ans, tandis que 79 % des jeunes exposés à une IST n’avaient pas utilisé de préservatif, un chiffre qui grimpe à 83 % chez les femmes. Cette tendance se reflète également dans la hausse des interruptions volontaires de grossesse, qui ont atteint 243 623 cas l’an dernier.
Professionnels de santé mal informés selon Terpan
Le préservatif féminin, pourtant reconnu comme aussi fiable que son équivalent masculin et offrant aux femmes une autonomie accrue en matière de protection, peine à s’imposer comme un réflexe de prévention. Selon Terpan, ce constat s’explique en grande partie par une méconnaissance persistante du produit, y compris chez les pharmaciens, premiers intermédiaires entre le dispositif de santé publique et les citoyens. « Beaucoup de professionnels de santé ignorent encore qu’ils sont entièrement pris en charge pour les moins de 26 ans. Ce manque d’information prive les jeunes femmes d’un moyen de protection synonyme d’indépendance », souligne Alexandra Guérin, responsable qualité et affaires réglementaires de l’entreprise.
Si certaines initiatives, comme celles menées avec le réseau SIS Officine, montrent que des campagnes ciblées peuvent améliorer la visibilité et l’accès à ces produits, elles restent isolées. La diffusion reste largement dépendante de l’implication locale des professionnels, en l’absence d’une politique volontariste d’envergure. Le constat, en creux, est celui d’une politique publique en demi-teinte : le levier économique (la gratuité) a été activé, mais sans accompagnement structurel ni campagne d’information à la hauteur des enjeux.
Préservatif féminin : un enjeu de santé et d’égalité
Au-delà de l’enjeu sanitaire, c’est également une question d’égalité qui est posée. Le préservatif féminin permet aux femmes de s’affranchir de la négociation souvent inégale autour de l’usage du préservatif masculin. Il protège également contre certaines formes de violences sexuelles, comme le retrait non consenti du préservatif, pratique dont une femme sur dix en France serait victime selon les données citées. Mais tant que sa présence reste marginale dans les officines, et que sa prescription reste l’exception, son potentiel émancipateur reste théorique.

