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Carmat peut-il se sauver ?

L’entreprise Carmat, figure de proue de la bio-ingénierie cardiovasculaire française et pionnière du cœur artificiel, traverse l’épreuve la plus périlleuse de son histoire. Engluée dans une crise financière aiguë, confrontée à un redressement judiciaire et menacée de liquidation, la société voit aujourd’hui son avenir suspendu à une ultime offre de reprise.

Une descente brutale dans l’incertitude

L’année 2025 aura marqué un tournant critique pour Carmat. En juin, l’entreprise a lancé un signal d’alarme : sans un apport de trésorerie immédiat de 3,5 millions d’euros, elle ne pourrait honorer ses engagements financiers à la fin du mois. Depuis, la situation s’est encore aggravée. La direction évalue désormais ses besoins à 35 millions d’euros sur douze mois pour assurer la continuité de ses activités.

Faute d’avoir pu lever les fonds nécessaires dans un environnement financier peu réceptif — notamment dans le segment des « small et mid caps », frappé de frilosité chronique — Carmat s’est résolue à déposer le bilan. Le 26 juin 2025, elle a été placée sous redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Versailles.

Les racines d’un échec

Si l’innovation scientifique de Carmat n’a jamais été sérieusement mise en doute, plusieurs failles structurelles expliquent cette crise profonde.

Un accès bloqué au financement privé, d’abord : malgré la reconnaissance clinique du cœur artificiel Aeson®, Carmat n’est pas parvenue à convaincre de nouveaux investisseurs. Ses tentatives de levée de fonds, y compris par des mécanismes atypiques comme une campagne de dons — une démarche quasiment inédite pour une société cotée — se sont révélées insuffisantes.

Des retards industriels et réglementaires ont également grevé son développement commercial. Les autorisations de mise sur le marché, longues à obtenir, combinées à des difficultés de production, ont sapé les perspectives de rentrées financières régulières.

Le redressement judiciaire : une course contre la montre

Dans ce contexte, l’ouverture de la procédure de redressement judiciaire marque un tournant stratégique. Un administrateur judiciaire a été nommé pour piloter les recherches d’un repreneur potentiel, tandis que les opérations commerciales et la cotation en bourse ont été suspendues.

Une offre de reprise a toutefois émergé. Elle est portée par Pierre Bastid, président du conseil d’administration de Carmat, via sa société familiale basée en Belgique. L’offre, fixée à un montant symbolique de 1 million d’euros, inclut l’engagement de couvrir les charges courantes de l’entreprise jusqu’à la date cruciale du 30 septembre 2025, moment où le tribunal statuera sur l’avenir de la société.

Cette proposition apparaît comme le dernier rempart contre la liquidation, qui entraînerait la disparition de l’entreprise, la perte de quelque 138 emplois qualifiés et la fin de deux décennies d’efforts en matière de recherche médicale de pointe.

Un échec au goût amer pour l’écosystème français de la medtech

Au-delà du destin de Carmat, c’est tout l’écosystème européen de l’innovation en santé qui se trouve interpellé. Le cas Carmat met en lumière une réalité préoccupante : dans le secteur des technologies médicales, même les projets les plus prometteurs peinent à trouver les financements nécessaires à leur déploiement industriel.

Aeson®, le cœur artificiel de Carmat, est pourtant un concentré de technologie salué par la communauté médicale pour sa capacité à offrir une alternative viable à la transplantation cardiaque. Son arrêt brutal, faute de moyens financiers, soulève des interrogations sur la capacité de l’Europe à soutenir ses champions technologiques dans des filières à haute intensité capitalistique.

Une page peut-elle encore s’écrire ?

Le tribunal de commerce rendra sa décision à la fin septembre. À moins d’un retournement de situation ou d’un soutien institutionnel de dernière minute, l’histoire de Carmat pourrait se refermer comme celle de tant d’autres pionniers de la medtech, engloutis dans les limbes d’un marché trop frileux pour porter l’innovation jusqu’à son terme.

Si la reprise par Pierre Bastid est validée, elle offrira à Carmat une respiration temporaire. Sinon, ce sera la fin d’un projet qui, à ses débuts, promettait de sauver des milliers de vies et de faire rayonner le savoir-faire français dans le monde entier.

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