Du 29 au 31 janvier, le Palais des Congrès de Paris accueille l’édition 2026 du congrès IMCAS, rendez-vous mondial des acteurs de la dermatologie, de la chirurgie plastique et de la médecine esthétique. À l’heure où l’innovation progresse à un rythme effréné, la manifestation se veut un point d’équilibre entre accélération industrielle et rigueur académique.
Avec plus de 20 000 participants issus de 120 pays, l’IMCAS World Congress confirme sa place de carrefour international des pratiques médicales autour de la peau et du vieillissement. Si l’événement met en lumière les dernières avancées en matière de biostimulation, d’IA dermatologique ou de médecine régénérative, ses organisateurs affichent une ambition claire : affirmer un modèle de gouvernance où la recherche indépendante et l’intérêt du patient prévalent sur les logiques de marché.
Vers une science clinique encadrée face aux promesses industrielles
L’éditorial cosigné par les Drs Hugues Cartier et Sébastien Garson, directeurs scientifiques du congrès, souligne d’emblée les tensions qui traversent le secteur. D’un côté, une industrie puissante qui investit massivement dans la R&D et multiplie les innovations produits — exosomes, thérapies régénératives, dispositifs de lipofilling enrichis. De l’autre, une communauté médicale en quête de repères scientifiques pour évaluer la solidité de ces solutions souvent très médiatisées, mais dont l’efficacité réelle reste parfois à confirmer.
La popularité croissante de traitements aux fondements scientifiques encore en consolidation, notamment dans les sphères du lipofilling enrichi ou des exosomes, incite à la prudence. Le risque, pointent les auteurs, est de voir le praticien relégué au rang de relais technologique, influencé par les promesses marketing plutôt que guidé par une démarche clinique rationnelle.
Face à cette dynamique, l’IMCAS défend une stratégie d’indépendance structurée. À travers des initiatives comme le fonds IMCAS Fund, le congrès soutient des études académiques menées dans les hôpitaux, financées de manière transparente, et indépendantes des logiques commerciales. Les projets CELT ou EXOCOMPARE s’inscrivent dans cette perspective en fournissant des données comparatives essentielles aux médecins praticiens.
La médecine régénérative entre opportunité clinique et encadrement nécessaire
Parmi les axes forts de l’édition 2026, la médecine régénérative émerge comme un champ en pleine reconfiguration. Selon les intervenants du congrès, l’approche du vieillissement ne repose plus uniquement sur la correction des signes visibles mais sur le soutien tissulaire, la prévention et la stimulation des mécanismes endogènes de réparation.
Les traitements à base de PRP (plasma riche en plaquettes), les matrices extracellulaires ou encore les exosomes sont présentés comme des leviers prometteurs — à condition d’être rigoureusement encadrés. La qualité des préparations, la traçabilité des protocoles et le bon moment de l’intervention apparaissent comme des conditions incontournables pour garantir des effets cliniques tangibles.
Le tournant observé ne relève pas d’un effet de mode. Il s’inscrit dans un repositionnement conceptuel : bien vieillir, ce n’est plus seulement restaurer, mais préserver, renforcer, anticiper. Un paradigme qui exige des outils validés, des études reproductibles et une vigilance accrue face aux offres hâtives.
Technologies et IA : promesses de précision ou standardisation du soin ?
L’édition 2026 accorde également une large place à la dermatologie de précision, portée par les progrès en imagerie optique et en intelligence artificielle. De nouveaux dispositifs non invasifs permettent une observation fine de la structure cutanée, sans recourir à la biopsie. L’IA assiste désormais les praticiens dans la détection des lésions, la planification des soins ou encore la personnalisation des traitements esthétiques.
Mais ces technologies ne sont pas sans poser de questions : jusqu’où confier à l’algorithme des décisions cliniques ? Quelle place laisser au discernement du médecin ? Plusieurs intervenants appellent à renforcer la formation, la transparence des protocoles et la protection des données pour éviter une dérive vers la standardisation ou la déresponsabilisation.
Ce souci de cadrage traverse aussi les débats autour des usages esthétiques des médicaments métaboliques type GLP-1. Initialement conçus pour traiter l’obésité ou le diabète, ces traitements sont aujourd’hui parfois détournés à des fins de transformation corporelle rapide. L’IMCAS alerte sur les effets secondaires possibles et milite pour une approche pluridisciplinaire et raisonnée, intégrant aussi bien la santé métabolique que l’impact esthétique.
Responsabilité médicale et anticipation : un tournant éthique pour la filière
Enfin, l’un des messages clés du congrès réside dans la nécessité de dépasser la vision linéaire des parcours de soins, encore trop souvent structurée autour d’une graduation entre techniques légères et chirurgie. Selon les experts présents, les approches non invasives, chirurgicales et régénératives répondent à des logiques distinctes et doivent être évaluées en fonction de la biologie tissulaire et des objectifs du patient, non de la simple progressivité des gestes.
Ce changement de regard implique une responsabilité accrue du praticien, appelé à anticiper les effets cumulatifs de certaines pratiques et à poser un cadre clair dès la première consultation. Les chirurgiens présents, à l’instar des Drs Kestemont, Stan ou Rouif, insistent sur les difficultés croissantes à opérer des tissus altérés par des interventions esthétiques répétées. Pour eux, la chirurgie ne doit plus être envisagée comme un ultime recours, mais comme une réponse autonome, à part entière, parfois prioritaire.
En plaçant au cœur de sa programmation la transparence des pratiques, la régulation des usages innovants et la production de données indépendantes, l’IMCAS 2026 s’efforce de bâtir un espace de convergence entre médecine, technologie et éthique. Un défi ambitieux pour une filière en pleine transformation, confrontée à une attente sociale forte, mais aussi à la nécessité de garantir la qualité et la sécurité du soin.

