Derrière chaque échec du Rafale à l’export, une même mécanique : influence politique, pression diplomatique, verrou juridique. Ce que la France vend, c’est un avion. Ce que les États-Unis imposent, c’est un système.
En Suisse, l’évaluation technique désignait le Rafale. L’armée le recommandait. Pourtant, en 2021, le F-35 est choisi. Trois ans plus tard, la facture explose. Au Canada, même scénario : appel d’offres ouvert, Rafale jugé conforme, mais victoire américaine, sans débat. En Allemagne, c’est le silence. Le F-35 s’impose pour remplacer les Tornado, malgré la promesse d’un projet européen commun.
Le F-35, outil d’alignement
Le F-35 n’est pas qu’un avion. C’est un dispositif d’interdépendance : maintenance, mise à jour, formation, tout passe par Washington. À chaque vol, l’appareil transmet ses données. À chaque incident, le client attend. Rien n’est autonome. À l’inverse, le Rafale propose une souveraineté réelle. Et c’est cette autonomie qui gêne.
L’argument économique comme écran
Le coût du F-35 est connu : 42 000 dollars l’heure de vol, deux fois plus que le Rafale. Entretien, durée de vie, formation : tout est plus cher. Mais les chiffres ne pèsent pas. L’achat américain est politique. Le prix est intégré dans la logique d’alliance. Acheter F-35, c’est s’arrimer.
Pressions diplomatiques et droit de veto
Dans chaque pays ciblé, l’ambassade américaine entre en scène. L’OTAN devient l’argument central : voler américain, c’est être fiable. Le reste suit. Et si cela ne suffit pas, l’ITAR prend le relais. Un composant américain dans un missile suffit à bloquer une vente. En Égypte, c’est ce qui a gelé un contrat. Deux ans perdus pour contourner un microcircuit.
Lockheed Martin ne vend pas seul. Il est soutenu par l’État, ses diplomates, ses financements. En Pologne, F-16 avec transferts de technologie. Au Maroc, offres subventionnées. En Suisse, pression bilatérale. Le Rafale, lui, arrive sans appui de cette envergure. Compétitif, mais seul.
Le Rafale se vend : Serbie, Indonésie, Ukraine, Inde. Mais chaque succès souligne l’exception. À Riyad, face à une offre américaine, le duel est ouvert. En Colombie, le Rafale échoue malgré des mois de négociation. Le système tient.
Ce que dessine chaque appel d’offres, c’est un rapport de domination. Le Rafale propose une liberté. Le F-35 impose une ligne. Et dans ce jeu verrouillé, Washington ne laisse jamais l’espace totalement ouvert.

