Gorilla crée des lacets sans nœud en silicone, résistants et confortables, pensés pour les sportifs et le quotidien.
Le nœud de lacet n’est pas seulement une habitude du quotidien. C’est un problème mécanique. En 2017, une équipe de l’Université de Berkeley publie une étude expliquant pourquoi les nœuds se défont. Le pied frappe le sol avec une force équivalente à sept fois celle de la gravité pendant la course, détendant le nœud. Puis la jambe en mouvement agit comme une main invisible, tirant sur les extrémités jusqu’à ce que tout lâche.
Une découverte qui confirme ce que chacun a déjà vécu : les lacets se défont, au mauvais moment, toujours trop tôt. Les conséquences sont connues : entorses, chutes, douleurs plantaires. Les enfants peinent à apprendre à les nouer. Les personnes âgées et en situation de handicap perdent en autonomie.
Un matériau industriel, une idée simple
C’est dans ce contexte universel que s’inscrit Gorilla. La startup lyonnaise fondée en janvier 2020 par Hélène et Guillaume Pain a fait le pari d’un lacet… en silicone. Un matériau industriel, à mémoire de forme, devenu accessoire de sport.
Guillaume Pain n’arrive pas de nulle part. Il dirige Le Joint Technique, PME familiale de 45 ans spécialisée dans les pièces en silicone. C’est dans cette usine, au nord de Lyon, que naissent les lacets Gorilla Tribe. Deux ans de recherche, un brevet, et un produit : des lacets 100% silicone, fabriqués en France, sans nœud à faire ni à défaire.
La gamme se divise en deux segments. D’un côté, les lacets sport, avec quatre sous-gammes : triathlon (élasticité maximale), running (18 couleurs), trail (maintien renforcé), et junior. Tous fabriqués à Lyon. De l’autre, une ligne sneakers plus lifestyle, produite aujourd’hui en Espagne, mais avec un objectif de relocalisation. Jusqu’à 30 coloris et plusieurs types d’attaches.
Une solution mécanique qui tient la route
Au cœur de l’innovation, le LSR (Liquid Silicone Rubber). Un matériau qui résiste au chaud comme au froid, se déforme et reprend sa forme instantanément. Gorilla recommande de ne pas serrer trop fort : c’est le silicone qui assure naturellement maintien et confort, sans compression.
Le système d’accroche à ressort bloque toute tentative de dénouage intempestif. Le silicone encaisse les kilomètres. Un test réalisé par le média Opentri confirme une durabilité au moins équivalente à celle des chaussures. Les lacets usagés sont repris par la marque, dans une logique de recyclage et d’économie circulaire.
Côté ventes, le modèle semble fonctionner. 70 000 paires écoulées depuis 2020, 450 revendeurs, 18 pays. À 14,95 € la paire, le positionnement est premium. Plus cher que des lacets classiques, mais aligné avec les valeurs : made in France, durabilité, confort. Les canaux de distribution mêlent e-commerce, enseignes comme Décathlon, et boutiques spécialisées.
Un marché sportif en pleine accélération
Gorilla bénéficie d’un alignement favorable. Le running explose : 12,4 millions de pratiquants en France, +10 % de croissance en un an pour les ventes d’équipements, 9 millions de paires de chaussures vendues en 2024. Le triathlon, autre cible clé, attire un public neuf et prêt à investir. 51 % des triathlètes dépensent entre 400 et 1 000 euros par an, 21 % au-delà.
À l’échelle mondiale, le marché des lacets atteindra 3,5 milliards de dollars d’ici 2033. Le segment élastique est en croissance, tiré par les usages sportifs et le besoin de praticité.
La concurrence existe. Lock Laces mise sur un système à poussoir. Xtenex propose des lacets à nœuds individuels. Nike a lancé ses chaussures auto-laçantes Adapt BB avec moteur électrique, puis abandonné l’application en 2024. Gorilla joue une autre carte : simplicité mécanique, maintien calibré, zéro électronique.
L’avantage concurrentiel ne tient pas uniquement à la technique. La fabrication française est revendiquée, dans un contexte où 89 % des Français veulent consommer local. Les coûts sont plus élevés, mais la proximité permet réactivité et contrôle qualité.
Au-delà du sport, un usage pour tous les publics
L’exposition médiatique s’accélère. Le 22 janvier 2026, Gorilla passera dans l’émission « Qui veut être mon associé ? » sur M6. Un moment clé pour lever des fonds, accélérer l’international, rapatrier la production espagnole, renforcer le marketing.
Les débouchés dépassent le sport. Les enfants trouvent dans les lacets Gorilla une alternative simple à l’apprentissage du nœud. Les personnes âgées ou handicapées y voient un gain d’autonomie. Et les urbains pressés apprécient la promesse : enfiler ses chaussures sans se baisser.
Mais la croissance a ses défis. Produire plus exige des investissements. L’équipement pour le silicone liquide est technique. La notoriété reste à construire, face à des marques mondiales. Le prix freine encore une partie du public. Et la relocalisation de toute la production nécessitera du capital.
Gorilla montre néanmoins une voie. Une entreprise familiale B2B qui se transforme en marque grand public. Un matériau industriel qui trouve une application pratique. Une innovation simple pour résoudre un problème quotidien.

