Grâce à une technologie brevetée, l’ADN devient objet de mémoire intime et tangible.
À Aigues-Mortes, dans le Gard, une start-up transforme l’intime en objet précieux. Deux Brins propose de conserver un échantillon d’ADN dans un bijou. Une idée ancienne, née dans la tête d’un généticien, aujourd’hui concrétisée grâce à une technologie brevetée et un savoir-faire français.
Sylvain, docteur en génétique et ancien expert de la gendarmerie, imaginait déjà il y a vingt ans un objet capable de garder un lien physique avec ses proches, alors qu’il partait en mission à l’étranger. En 2023, il fonde avec deux associés la société Signature ADN, qui commercialise ses créations sous la marque Deux Brins. Les trois cofondateurs se revendiquent « bijoulogistes », croisement assumé entre biologie moléculaire et joaillerie artisanale.
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Une technologie invisible à l’œil nu
Le procédé démarre par un prélèvement salivaire, réalisé à domicile à l’aide d’un kit. L’ADN est ensuite extrait, purifié, et déposé sur une pastille de un millimètre de diamètre, encapsulée dans un compartiment scellé par un verre saphir transparent. Aucun séquençage, aucune analyse : l’ADN est simplement préservé, visible, figé. Le tout est intégré dans des bracelets ou pendentifs conçus et fabriqués en France – assemblage dans le Gard, médailles façonnées à Morteau.
Le parcours client suit une mécanique bien huilée. Choix du bijou en ligne, réception du kit, retour de l’échantillon, validation du prélèvement, puis fabrication. Quatre à six semaines d’attente. Chaque bijou est livré dans un écrin blanc texturé, marqué d’un polygone doré, avec certificat d’authenticité.
Trois modèles sont proposés : Nobel (à partir de 378 euros), Louisa (343 euros) et Rosalind (203 euros). Chaque pièce peut intégrer jusqu’à quatre « éclats d’éternité », soit autant d’échantillons d’ADN. Positionnement : entre bijou commémoratif haut de gamme (jusqu’à 1500 euros) et bijou souvenir d’entrée de gamme (autour de 20 euros). Les matériaux utilisés – titane grade médical, technologie Polymiroir – et la garantie à vie renforcent le positionnement qualitatif.
Une personnalisation qui suit les tendances
Deux Brins surfe sur une double tendance : la personnalisation et l’attachement émotionnel. En 2023, le marché mondial du bijou personnalisé pesait près de 28 milliards de dollars, en croissance rapide. En France, la bijouterie-joaillerie représentait 5,38 milliards d’euros de chiffre d’affaires, en hausse de 17 % sur un an. Le créneau des bijoux contenant cheveux, lait maternel ou cendres séduit une clientèle en quête de sens. Deux Brins va plus loin : il ne préserve pas une trace visible, mais l’information génétique elle-même. Une différence de fond.
Juridiquement, la société navigue entre les lignes. La loi française encadre strictement les tests ADN. Mais ici, pas d’analyse. L’entreprise insiste : elle se contente de préserver un fragment d’ADN, sans l’exploiter scientifiquement. Une FAQ détaillée sur le site explique la démarche. Le procédé s’apparente davantage à la conservation d’une mèche de cheveux.
Des ambassadeurs pour crédibiliser le concept
Pour élargir son audience, Deux Brins mise sur des ambassadeurs : Sophie Davant, Camille Lacourt, Frank Leboeuf ou encore Jeanfi Janssens. Tous symbolisent des valeurs de famille, de transmission ou d’authenticité. Une stratégie d’incarnation pour humaniser un produit complexe.
La marque revendique trois piliers : éthique, émotion et excellence. Les échantillons non utilisés sont détruits. La fabrication est locale. Le vocabulaire utilisé – « bijoulogiste », « éclat d’éternité » – installe un univers qui mêle rigueur scientifique et poésie marketing. L’objectif : créer un lien tangible avec ceux qui comptent, vivants ou disparus.
Une innovation qui bouscule les repères
Mais l’innovation ne fait pas tout. La jeune pousse doit encore franchir plusieurs obstacles. Le concept peut susciter des réticences. Porter l’ADN d’un proche autour du cou ne va pas de soi. Le modèle artisanal limite les capacités de production. Et la concurrence pourrait émerger. Une autre entreprise, Orygen Experiences, explore déjà le même territoire.
Deux Brins vise pour l’instant une clientèle premium, attachée à l’exclusivité et à la technologie. À terme, la marque pourrait élargir son offre vers des segments plus accessibles. Elle envisage aussi un développement à l’international, notamment en Asie, sous réserve d’un cadre juridique compatible. Autre piste : l’intégration de technologies blockchain ou connectées, pour enrichir l’expérience.
La start-up s’inscrit dans une mutation plus large du secteur. Impression 3D, modélisation numérique, traçabilité : la bijouterie entre dans l’ère 4.0, où l’innovation ne remplace pas le geste mais le prolonge. Deux Brins coche toutes les cases de cette convergence entre artisanat et science.

