La Coupe du Monde 2026 n’a pas encore commencé que les chiffres circulent déjà. À quelques mois du coup d’envoi, la question se pose : combien les joueurs de l’équipe de France peuvent-ils espérer gagner ?
Derrière le spectacle, une mécanique bien huilée lie FIFA, Fédération et joueurs, avec des montants qui, s’ils restent modestes au regard des salaires de clubs, n’en dessinent pas moins une économie parallèle.
Une dotation FIFA en forte hausse
En décembre 2025, la FIFA a annoncé une enveloppe record de 727 millions de dollars pour la Coupe du Monde 2026, soit environ 620 millions d’euros. Une hausse de +50 % par rapport à l’édition précédente. L’ouverture à 48 équipes, combinée à une montée en puissance des droits TV et des sponsors, explique cette progression.
Le gagnant repartira avec 50 millions de dollars (42,6 millions d’euros), contre 42 millions en 2022. Le finaliste touchera 33 millions, le troisième 29, et toute équipe éliminée dès les poules percevra au moins 9 millions. À cela s’ajoute une prime de préparation de 1,5 million de dollars pour chaque sélection qualifiée.
30 % pour les Bleus, pas un centime de plus
À la Fédération française de football, la règle est simple : 30 % de la dotation FIFA sont redistribués aux joueurs et au staff. Un principe appliqué en 2018 et 2022, reconduit pour 2026, même si aucune communication officielle ne l’a encore confirmé.
La répartition se fait en parts : 25 pour les joueurs, 4 pour le staff. Chaque joueur touche une part identique, sans prendre en compte le statut ou le temps de jeu. Un modèle d’égalité, dans la hiérarchie comme dans les comptes.
Jusqu’à 720 000 euros en cas de victoire
Si la France décroche le titre, elle empochera 42,6 millions d’euros. Les 30 % redistribués représentent alors 12,8 millions. Avec 26 joueurs et 4 parts pour le staff, chaque joueur toucherait autour de 425 000 euros. À cette somme s’ajoutent les droits à l’image : 30 000 euros par match, soit 210 000 euros pour un parcours complet.
En additionnant dotation et image, le gain total d’un joueur champion du monde s’établirait entre 635 000 et 720 000 euros, selon la ventilation finale des parts.
Autres scénarios :
– Finaliste : 490 000 à 540 000 euros par joueur
– Demi-finaliste : 370 000 à 420 000 euros
– Quart de finaliste : 250 000 à 300 000 euros
– Élimination en phase de groupes : 120 000 à 150 000 euros
Les droits à l’image montent en puissance
Les droits à l’image ont changé de statut. Après le bras de fer de 2022 avec Kylian Mbappé, une nouvelle convention a été signée en 2023. Elle permet aux joueurs de gérer individuellement leur image auprès de sponsors extérieurs à la FFF, tout en garantissant une stricte égalité dans la répartition au sein du groupe.
Depuis 2022, la prime par match s’élève à 30 000 euros, contre 21 200 auparavant. Un ajustement qui reflète le poids croissant de l’image dans l’économie de la sélection.
Les stars de club, à l’abri du besoin
Les montants évoqués, bien qu’importants pour le commun des mortels, pèsent peu dans les budgets des internationaux. Kylian Mbappé perçoit 31 millions d’euros par an au Real Madrid, hors prime à la signature de 28,6 millions. D’autres joueurs majeurs touchent entre 12 et 25 millions par saison.
Même la prime maximale de 720 000 euros représenterait à peine 2 % du salaire annuel de Mbappé. Pour un joueur à 5 ou 10 millions, cela reste dans une fourchette de 5 à 10 %. Symbolique, mais pas insignifiant.
Donner pour redonner : une habitude bien installée
Cette disproportion entre revenus de club et primes de sélection explique une autre habitude : le don. En 2018, plusieurs champions du monde avaient reversé tout ou partie de leurs gains à des associations. Mbappé avait offert l’intégralité de sa prime à l’association Premiers de Cordée.
En 2022, la pratique s’est poursuivie. Mieux : un fonds commun a été institué en 2023 pour financer des actions sociales. Une part des primes va également au personnel fédéral, comme marque de reconnaissance pour le travail effectué hors terrain.
Avec 30 % de redistribution, la FFF se situe dans une moyenne haute. L’Argentine a appliqué le même taux en 2022. L’Espagne et le Brésil proposaient des primes supérieures à 800 000 euros en cas de victoire. L’Angleterre plafonnait à 245 000 euros. Le Maroc, demi-finaliste, offrait 257 000 euros. L’Arabie saoudite a promis plus d’1 million pour une simple qualification. À chacun son modèle d’incitation.
Deschamps, un autre barème
Didier Deschamps échappe au système. Son salaire annuel brut atteint 3,8 millions d’euros. À cela s’ajoutent 22 000 euros par match pour les droits à l’image, ainsi que des primes de performance : 290 000 euros pour la finale de 2022, 330 000 pour la demi-finale de l’Euro 2024.
Le sélectionneur tire aussi des revenus publicitaires avec Hublot, Coca-Cola et Orange. Il a annoncé son départ après la Coupe du Monde 2026. Fin de cycle.
Le football amateur en ligne de mire
Les 42,6 millions d’euros perçus en cas de victoire ne profiteraient pas qu’aux professionnels. La FFF réinjecte une partie dans le football amateur. Chaque année, ce sont plus de 100 millions d’euros qui y sont consacrés, soit 35 à 40 % du budget fédéral.
Au-delà des primes, un bon parcours dope les recettes commerciales, la vente de maillots et la cote des joueurs. Le titre mondial devient un produit à part entière.
Depuis 2002, les dotations FIFA ont explosé. La montée à 48 équipes accentue cette logique : plus de matches, plus de visibilité, plus d’argent. En parallèle, la FIFA redistribue 355 millions de dollars aux clubs pour la mise à disposition des joueurs. Les sélections se professionnalisent, les obligations montent.

